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Sécurité incendie entreprise — obligations employeur

Tout employeur est tenu par le Code du travail de protéger ses salariés contre le risque incendie. Ce guide détaille l'ensemble des obligations légales : moyens de lutte, alarme, issues de secours, désenfumage, vérifications périodiques, exercices d'évacuation et sanctions en cas de manquement.

2. Obligations générales de l'employeur

L'employeur doit mettre en place une démarche structurée de prévention du risque incendie, qui commence par l'évaluation des risques et se décline en mesures concrètes.

Évaluation des risques et document unique

L'article R.4227-28 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour que tout commencement d'incendie puisse être rapidement et efficacement combattu. Le risque incendie doit être intégré au Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), conformément à l'article R.4121-1. L'évaluation doit identifier les sources d'inflammation, les matériaux combustibles, les zones à risques et les personnes exposées.

Consignes de sécurité incendie

L'article R.4227-37 rend obligatoire l'établissement de consignes de sécurité incendie dans les établissements de plus de 50 personnes ou dans ceux où sont manipulées ou entreposées des matières inflammables. Ces consignes doivent être affichées de manière visible et indiquer :

  • Le matériel d'extinction et de secours disponible et sa localisation
  • Les personnes chargées d'utiliser ce matériel
  • Les personnes chargées de diriger l'évacuation
  • Les mesures spécifiques pour les personnes en situation de handicap
  • Les moyens d'alerte (numéros d'urgence, procédure d'appel des secours)
  • L'adresse et le numéro d'appel du service de secours de premier appel

Formation du personnel

L'article R.4227-39 impose que les consignes soient portées à la connaissance de tous les salariés. L'employeur doit s'assurer que le personnel est formé à l'utilisation des moyens de premiers secours (extincteurs), connaît les cheminements d'évacuation et sait comment donner l'alerte. Cette formation doit être dispensée à l'embauche et renouvelée régulièrement. Les équipiers de première intervention (EPI) et les équipiers de seconde intervention (ESI) reçoivent une formation spécifique complémentaire.

3. Moyens de lutte contre l'incendie

Le Code du travail impose des moyens de lutte proportionnés aux risques identifiés dans l'établissement.

Extincteurs

L'article R.4227-29 prescrit la mise en place d'extincteurs portatifs selon les règles suivantes :

RègleExigence Code du travail
Densité minimaleAu minimum 1 extincteur à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m² de plancher
Par niveauAu minimum 1 appareil par niveau, même si la surface est inférieure à 200 m²
LocalisationFacilement accessibles, signalés, à proximité des zones à risques
Risques spécifiquesExtincteurs appropriés aux risques (CO2 pour risques électriques, poudre pour liquides inflammables)

RIA et colonnes sèches

L'article R.4227-30 prévoit que des Robinets d'Incendie Armés (RIA) peuvent être exigés lorsque la gravité ou l'importance du risque le justifie. Les colonnes sèches, quant à elles, sont requises dans les bâtiments dont le plancher bas du dernier niveau est situé à plus de 18 mètres de hauteur, conformément aux dispositions du Code de la construction. L'employeur doit évaluer la nécessité de ces équipements en fonction de la nature de l'activité, des quantités de matières combustibles stockées et de l'effectif de l'établissement.

4. Système d'alarme

L'article R.4227-34 impose que les établissements soient équipés d'un dispositif d'alarme sonore, audible en tout point du bâtiment. L'alarme a pour objectif de prévenir l'ensemble des occupants de la nécessité d'évacuer.

Type d'alarmePrincipeCas d'usage
Type 4Signal sonore simple (cloche, sifflet, trompe ou tout dispositif sonore)Exigence minimale pour tout établissement soumis au Code du travail
Type 3BAAS manuels (Blocs Autonomes d'Alarme Sonore) à déclenchement manuelÉtablissements de taille moyenne
Type 2BAAS avec unité de gestion d'alarme (UGA)Établissements nécessitant une gestion centralisée
Type 1SSI de catégorie A avec SDI et CMSIÉtablissements à haut risque ou soumis à des exigences réglementaires spécifiques

Point clé :le Code du travail impose au minimum un signal sonore audible en tout point du bâtiment. Le type d'alarme (4, 3, 2 ou 1) dépend de la taille de l'établissement, de l'effectif et des risques. Pour les établissements de plus de 700 personnes ou ceux où l'alarme doit être entendue malgré un bruit ambiant élevé, un système plus performant que le type 4 est indispensable.

5. Issues de secours et dégagements

Les articles R.4227-4 à R.4227-14 du Code du travail définissent les exigences relatives aux dégagements et issues de secours des lieux de travail.

Nombre et largeur des dégagements

Effectif du localNombre de dégagementsLargeur minimale
Moins de 20 personnes1 dégagement0,80 m
De 20 à 100 personnes1 dégagement + 1 dégagement accessoire0,80 m chacun
De 101 à 200 personnes2 dégagementsSelon l'effectif (unités de passage)
Plus de 200 personnes2 dégagements minimum + ajout selon effectifSelon l'effectif (unités de passage)

Balisage des issues de secours (BAES)

L'article R.4227-14 impose un éclairage de sécurité permettant d'assurer l'évacuation des personnes en cas de défaillance de l'éclairage normal. Les BAES (Blocs Autonomes d'Éclairage de Sécurité) doivent être installés au-dessus de chaque issue et à chaque changement de direction dans les circulations. Ils doivent assurer un éclairage minimal de 1 heure et être visibles depuis tout point des circulations.

  • Les portes de sortie doivent s'ouvrir dans le sens de la sortie pour les portes susceptibles d'être utilisées pour l'évacuation de plus de 50 personnes (article R.4227-6)
  • Les portes coulissantes ou à tambour ne comptent pas comme dégagements réglementaires
  • Les dégagements ne doivent jamais être encombrés ni verrouillés pendant les heures de travail
  • Les escaliers doivent être protégés ou encloisonnés selon les cas réglementaires

6. Désenfumage des locaux de travail

L'article R.4216-13 du Code du travail (R.4216-13 à R.4216-15, conception des lieux de travail) impose le désenfumage des locaux de travail dans les cas suivants :

SituationSeuil de désenfumage obligatoire
Locaux en rez-de-chaussée ou en étageSurface supérieure à 300 m² si stockage de matières combustibles
Locaux en sous-solSurface supérieure à 100 m²
Locaux aveugles (sans fenêtre)Surface supérieure à 100 m²
Escaliers encloisonnésDésenfumage obligatoire quelle que soit la surface

Le désenfumage peut être naturel (ouvrants en façade ou exutoires en toiture) ou mécanique (ventilateurs d'extraction). Le choix dépend de la configuration du bâtiment et de la surface à désenfumer. Dans tous les cas, les dispositifs de désenfumage doivent être régulièrement vérifiés et entretenus pour garantir leur bon fonctionnement en cas de sinistre.

7. Vérifications périodiques

L'article R.4227-39 du Code du travail (essais et visites périodiques) impose des vérifications périodiques des installations et équipements de protection contre l'incendie. Ces vérifications doivent être réalisées par des personnes ou organismes compétents.

Extincteurs

Vérification annuelle obligatoire par un technicien compétent. La vérification comprend le contrôle de l'état général, de la pression, de l'accessibilité et de la signalisation. Une maintenance décennale (révision complète ou remplacement) est également requise conformément à la norme NF S 61-919.

Système d'alarme et détection

Vérification annuelle du système d'alarme, des détecteurs, des déclencheurs manuels et des diffuseurs sonores. Les batteries des BAAS et des AES doivent être contrôlées et remplacées selon les préconisations du fabricant.

Installations de désenfumage

Vérification annuelle des exutoires, volets, extracteurs et amenées d'air. Les essais fonctionnels doivent confirmer l'ouverture effective des dispositifs et le bon démarrage des ventilateurs. Les commandes manuelles de désenfumage doivent être testées.

BAES et éclairage de sécurité

Vérification semestrielle de l'état de fonctionnement (test d'autonomie) et vérification annuelle complète. Les blocs défaillants doivent être remplacés immédiatement. Le résultat des vérifications est consigné dans le registre de sécurité.

RIA et colonnes sèches

Vérification annuelle des RIA (pression, état du tuyau, accessibilité) et des colonnes sèches (étanchéité, signalisation, accessibilité des raccords). Conformément au référentiel APSAD R5 pour les RIA.

8. Registre de sécurité

L'article R.4227-39 du Code du travail impose que les consignes de sécurité soient consignées dans un document. Le registre de sécurité centralise l'ensemble des informations relatives à la sécurité incendie de l'établissement :

  • Les consignes de sécurité incendie et les plans d'évacuation
  • Les dates et résultats des vérifications périodiques des équipements
  • Les dates des exercices d'évacuation et les observations relevées
  • La liste et la localisation des équipements de lutte contre l'incendie
  • Les travaux d'aménagement ou de modification impactant la sécurité incendie
  • Les formations dispensées au personnel en matière de sécurité incendie

Le registre de sécurité doit être tenu à jour et présenté lors des visites de l'inspection du travail. Son absence ou son caractère incomplet constitue une infraction constatée lors des contrôles.

9. Exercice d'évacuation

L'article R.4227-39 du Code du travail prescrit la réalisation d'exercices d'évacuation tous les 6 moisdans les établissements où l'existence de consignes de sécurité est obligatoire (plus de 50 personnes ou matières inflammables).

  • L'exercice doit simuler une évacuation complète du bâtiment
  • Tous les salariés présents doivent y participer, y compris les intérimaires et les visiteurs
  • Le temps d'évacuation doit être chronométré et analysé
  • Les observations (encombrement des circulations, portes fermées à clé, méconnaissance des consignes) doivent être consignées dans le registre de sécurité
  • Des exercices de nuit doivent être organisés si l'établissement fonctionne en horaires décalés

Point clé :l'exercice d'évacuation n'est pas une simple formalité. Il permet de vérifier concrètement que les consignes sont connues, que les cheminements sont praticables et que le temps d'évacuation est compatible avec la sécurité des occupants. Un exercice mal organisé ou jamais réalisé expose l'employeur à des sanctions et, en cas de sinistre, à une aggravation de sa responsabilité pénale.

10. Sanctions et responsabilité pénale

Le non-respect des obligations de sécurité incendie expose l'employeur à des sanctions administratives et pénales qui peuvent être très lourdes :

Sanctions administratives

  • Mise en demeure par l'inspection du travail de se conformer aux prescriptions dans un délai déterminé
  • Procès-verbal d'infraction transmis au procureur de la République
  • Fermeture temporaire de l'établissement en cas de danger grave et imminent (article L.4731-1 du Code du travail)

Sanctions pénales

  • Amende de 10 000 euros par salarié concerné pour infraction aux règles de sécurité (article L.4741-1 du Code du travail)
  • En cas de récidive : amende doublée et peine d'emprisonnement d'un an
  • En cas d'accident corporel : poursuites pour blessures involontaires ou homicide involontaire (articles 221-6 et 222-19 du Code pénal)
  • Responsabilité personnelle du dirigeant, même en présence d'une délégation de pouvoirs si celle-ci est insuffisante

En cas d'incendie ayant causé des victimes, la responsabilité pénale de l'employeur est systématiquement recherchée. Le procureur vérifie si les obligations réglementaires étaient respectées : extincteurs vérifiés, alarme fonctionnelle, exercices d'évacuation réalisés, registre de sécurité à jour. Tout manquement constitue une circonstance aggravante.

11. Quand un SSI est-il nécessaire au-delà du Code du travail ?

Le Code du travail impose un minimum (alarme sonore, extincteurs, issues de secours), mais certaines situations exigent un Système de Sécurité Incendie (SSI) plus élaboré, avec détection automatique et mise en sécurité :

Classement ERP

Si l'entreprise reçoit du public (showroom, accueil clients, restaurant d'entreprise), elle peut être classée ERP et soumise à l'arrêté du 25 juin 1980, qui impose un SSI de catégorie A pour certains types et catégories d'établissements. Le classement SSI dépend du type et de la catégorie de l'ERP.

Demande de l'assureur

Les assureurs peuvent exiger l'installation d'un système de détection automatique et de moyens de mise en sécurité (sprinklers, désenfumage) supérieurs aux exigences réglementaires minimales. Ces exigences sont fréquentes pour les entrepôts logistiques, les sites industriels et les bâtiments à forte valeur patrimoniale. Le non-respect des prescriptions de l'assureur peut entraîner la déchéance de garantie en cas de sinistre.

Surclassement volontaire

Certains maîtres d'ouvrage choisissent d'installer un SSI de niveau supérieur aux exigences réglementaires minimales pour protéger un outil de production critique, réduire les primes d'assurance ou se conformer à des référentiels internes de sécurité (groupes internationaux, certifications ISO).

Installations classées (ICPE)

Les entreprises exploitant des installations classées pour la protection de l'environnement sont soumises à des arrêtés préfectoraux qui peuvent imposer des systèmes de détection et de mise en sécurité spécifiques, en plus des obligations du Code du travail.

Dans tous ces cas, la conception du SSI doit être confiée à un coordinateur SSI compétent, qui établira le cahier des charges fonctionnel et veillera à la cohérence de l'installation avec la réglementation applicable.

📋 Exemple terrain : PME industrielle de 80 salariés

Voici la checklist concrète des obligations sécurité incendie pour une PME industrielle de 80 salariés occupant un bâtiment de 1 200 m² sur 2 niveaux :

  • Extincteurs : minimum 6 extincteurs à eau pulvérisée 6 L (1 pour 200 m²) + extincteurs CO2 près des armoires électriques (R.4227-29)
  • Alarme : système d'alarme sonore de type 4 minimum, audible en tout point du bâtiment (R.4227-34)
  • BAES : blocs autonomes d'éclairage de sécurité au-dessus de chaque issue et à chaque changement de direction (R.4227-14)
  • Exercice d'évacuation : obligatoire tous les 6 mois (R.4227-39), avec chronométrage et compte-rendu dans le registre de sécurité
  • Registre de sécurité : tenu à jour avec consignes, vérifications, exercices, formations (R.4227-39)
  • Vérifications annuelles : extincteurs, alarme, BAES, désenfumage, installations électriques par un organisme compétent (R.4227-39)

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🎯 À retenir

  • Extincteurs (R.4227-29) : 1 extincteur à eau pulvérisée 6 L minimum pour 200 m² de plancher, au moins 1 par niveau
  • Alarme (R.4227-34) : dispositif sonore audible en tout point du bâtiment, type 4 au minimum
  • Exercice d'évacuation (R.4227-39) : obligatoire tous les 6 mois dans les établissements de plus de 50 personnes
  • Vérifications périodiques (R.4227-39) : tous les équipements de sécurité incendie doivent être vérifiés annuellement par un organisme compétent
  • Sanctions : amende de 10 000 € par salarié concerné (L.4741-1), responsabilité pénale personnelle du dirigeant en cas d'accident

📚 Textes de référence

  • Code du travail, articles R.4227-1 à R.4227-57 — Prévention des incendies sur les lieux de travail
  • Code du travail, article L.4121-1 — Obligation générale de sécurité de l'employeur
  • Code du travail, article L.4741-1 — Sanctions pénales en matière de sécurité au travail
  • Arrêté du 4 novembre 1993 — Signalisation de sécurité et de santé au travail

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